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Colloque : « Financer l’économie sociale et solidaire : nouveaux outils, nouvelles opportunités »

- Publié le : 15 décembre 2016 -
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Colloque : « Financer l’économie sociale et solidaire : nouveaux outils, nouvelles opportunités »

Déroulé de la la matinée du 23 novembre 2016

Accueil par Odile KIRCHNER,

Déléguée interministérielle à l’Économie Sociale et Solidaire

Image Odile Kirchner

Nous avons voulu réunir une communauté large, sortir des frontières dans lesquelles l’ESS parle à l’ESS. Mettre l’Economie Sociale et Solidaire à sa place au cœur des acteurs de l’économie numérique, élargir sa visibilité, mettre en avant ses atouts et ses spécificités pour le monde financier dans son ensemble.

L’ESS trouve-t-elle les moyens de financer la croissance de ses entreprises, l’essaimages de ses pratiques inspirantes, le développement à l’international … Bref ! Le passage à son changement d’échelle ?

Force est de constater que :

  • La collecte de l’épargne solidaire progresse très rapidement, même si avec ses 8,5 milliards € en 2015, elle ne représente que moins de 1% de l’épargne financière des français.
  • Les fonds d’investissements publics et privés se multiplient, certains ciblés sur l’ESS, d’autres visant un impact social.

On le voit épargnants et investisseurs recherchent un placement qui ait du sens. Autres signes :

  • La conjoncture des taux d’intérêt bas est favorable.
  • L’ESS présente aux investisseurs un couple rendement/risque particulièrement attractif : des taux d’intérêt entre 2 et 6 et 7% pour des entreprises moins défaillantes que les PME de l’économie classique. De par ses règles majoritaires de réinvestissement de ses bénéfices, l’ESS est une économie résiliente.

Dans ce contexte, tout à fait favorablen comment améliorer l’accès aux bénéfices de l’ESS au financement de bas de bilan et de haut de bilan dont elle a besoin ?

Peut-on multiplier l’émission de titres participatifs et les titres associatifs, en dépit de leur liquidité limitée.

Quand elles ont des modèles économiques robustes, les associations ont-elles accès au financement bancaire et aux dispositifs de garantie comme toute PTE ou PME, en dépit de leur gouvernance et de leur structure de bilan spécifique, en dépit, aussi, il faut le dire, des risques sur le renouvellement des subventions publiques, pour celles qui en bénéficient ?

Comment enfin, faire bénéficier, l’innovation sociale de l’ESS, du même écosystème financier favorable que celui que l’on a réussi à créer pour la French Tech ?

C'est à ces différentes questions que nous tenterons de répondre dans cette journée.

 

Image de Isabelle LEFORT

La Journée est animée par Isabelle LEFORT, journaliste à la Tribune. 

 

Allocution introductive par Martine PINVILLE, Secrétaire d’État chargée du Commerce, de l'Artisanat, de la Consommation et de l'Economie sociale et solidaire, auprès du ministre de l'Économie et des Finances

Image de Martine Pinville

Notre Gouvernement a mené, dès 2012, et sous l'impulsion du Président de la République une véritable politique publique en faveur de l'ESS.

Depuis 4 ans, dans l'organisation gouvernementale et depuis bientôt un an avec l'administration de l'ESS placée au sein de la Direction générale du trésor, nous avons mis les politiques économiques et les politiques de financement de l'économie au service de la justice sociale, en encourageant les potentiels d'emplois et de croissance des entreprises de l'ESS.

Nous l'avons fait depuis 2012 en modernisant les instruments de financement, en adaptant les cadres juridiques, en mettant place des fonds dédiés, cela dans le but de réunir les conditions pour que les financeurs privés prennent le relai.

Pour garantir l'efficacité des nouveaux dispositifs financiers, propres aux acteurs de l'ESS, il fallait, avant toute chose, permettre aux financeurs classiques d'identifier les structures dont il était précisément question. La loi ESS de 2014 a donc crée un cadre de référence pour donner une définition claire et unique de l'ESS et de ses acteurs.

Ensuite, nous avons chargé BPI France de mettre en place des dispositifs spécifiques et d'observer l'ouverture des interventions ordinaires en prêt et en garantie aux entreprises de l'ESS.

Nous avons poursuivi le PIA ESS, le programme d'investissement d'avenir dans l'ESS et face à sa pertinence 'avons prolongé jusqu'à la fin de l'année 2015 pour que de nouveaux projets, à fort potentiels continuent d'être cofinancés.

Les travaux de BPI France comme du PIA ESS ont posé les jalons du financement privé vers les entreprises de l'Economie Sociale et Solidaire. On parle là, de plus de 500 millions d'euros engagés par BPI France et plus de 300 millions d'euros de financement privé atteint grâce au PIA

Par ailleurs, d'autres dispositifs aliment ces flux financiers, il y a les encours de l'Epargne solidaire qui permettent de diriger près de 300 millions d'euros de financement vers les entreprises de l'ESS et bientôt les épargnants et les collecteurs du livret de développement durable solidaire pourront orienter une partie de leur épargne vers le financement d'opérations d'entreprises de l'ESS

Maintenant, que nous avons réussi à démontrer que l'investissement privé pouvait être orienté vers l'ESS, il reste à accompagner davantage les entreprises au stade de démarrage, d'amorçage ou de changement d'échelle, là ou elle peut espérer qu'une faible rentabilité.

Et je veux vous dire que jusqu'à la fin de mon mandat, je resterai mobilisée avec la Direction générale du Trésor pour établir un diagnostic des dispositifs existants et proposer des solutions nouvelles et adaptées.

Ce travail d'accompagnement au financement, nous l'avons déjà commencé avec des mesures que voudrais rappeler ici.

L’élargissement de la souscription citoyenne aux titres participatifs des coopératives et le renouvellement de la rémunération des parts sociales coopératives.

Très bientôt, un décret facilitera l'investissement dans l'épargne solidaire en permettant aux sociétés de gestion d'investir davantage sans se voir reprocher le dépassement des ratios quand celui-ci est involontaire, c'est à dire lié à des événements de marché.

Nous avons, également, convenu avec l'Autorité des Marchés Financiers que dans son prochain rapport sur l'investissement socialement responsable, il soit inclu une dimension sur l'investissement à impact social et l'investissement solidaire. Il est évident que la reconnaissance par le régulateur financier de la dimension sociale et extra-financière de l'investissement dans l'ESS est capitale pour sa normalisation, notamment si nous voulons opérer un changement culturel qui vise à renforcer les investissements au rendement faible mais portant un projet sociétal très fort. Il faut revoir sous l'angle solidaire les facteurs de risques et le niveau d’information utile à l'investisseur.

Nous réussirons ce changement culturel à condition de considérer les réponses aux besoins sociétaux et concrets comme de l'innovation sociale aussi bien que de l'investissement A cet égard le Gouvernement a donné une définition de l'innovation sociale pour qu'elle soit reconnue et soutenue, au même titre, et nous avons mis en place avec BPI France un fonds d'innovation sociale doté de 40 millions d'euros qui intervient, sous forme d'avances remboursables (et déjà 15 projets ont déjà pu être financésà. Mais ce mécanisme repose sur la possibilité de trouver un modèle économique pour rembourser leur prêt. Nous avons donc cherché à compléter ces dispositifs de soutien à l'innovation sociale par des outils de financements nouveaux pour lesquels les remboursements ne pèsent pas sur le porteur de projet. C'est le sens des Contrats à Impact Social.

 

Séance plénière : les enjeux du financement de l’ESS :
Témoignages : Besoins et défis mis en avant par les témoignages d’acteurs de l’ESS

Christophe ITIERDG de la Sauvegarde du Nord, président du MOUVES

Laurent LAÏKDG du groupe la Varappe, groupe d’entreprises d’insertion

Thierry TOLMERPrésident du groupe SCOPELEC

Charlotte DE VILMORIN, Co-fondatrice et Présidente de Wheeliz

 

Christophe ITIER, DG de la Sauvegarde du Nord, Président du MOUVES 

Image de Christophe Itier

Changement de paradigme : les acteurs de l’ESS dont les statuts et les modèles économiques sont interrogés, dans la pérennité de leurs modèles de développement. Ils sont très fortement assis sur des financements publics qui risquent de se tarir si l'on en croit les perspectives tracées dans les débats pour les Présidentielles.

  • Il convient donc de s'interroger sur la façon de mieux sécuriser la relation juridique avec les financeurs publics. Il s'agit par exemple de faciliter, grâce à la signature de l'Etat (Eventuelles délégations de service public) la relation avec les investisseurs privés.
  • Il faut réviser ces modèles économiques pour répondre à de nouveaux outils, pour répondre à une volonté politique qui s'exprime : l'épargne solidaire, la création de fonds financiers comme la NOVESS, ... Ce sont des modèles plus ou moins assis sur le marché, mais qui sont spécifiques et toute la difficulté est de trouver des outils financiers puissants qui fasse du sur-mesure par rapport à chacune des particularités de ces acteurs. Il y a donc un enjeu pédagogie et d’acculturation au niveau des investisseurs sur l'ESS et des acteurs de l’ESS pour se comprendre entre-eux, partager une même vision. On a parlé des Contrats à Impact Social. Derrière la question du financement, un enjeu majeur pour l'ESS : la mesure efficace et concrète de l'impact socialsociétal et environnemental de notre action, sur nos territoires. La mesure de l'impact social est l'alpha et l'oméga si l'on veut être au rendez-vous de ces financements.

 

Laurent LAÏK , DG du groupe La Varappe 

Image Laurent Laik

La Varappe : groupe d'entreprises d’insertion dont la finalité est d'accompagner le retour à l'emploi de personnes exclues (emploi et parcours de professionnalisation).

Double problématique rencontrée en 2008 : des fonds propres insuffisants et une difficulté à faire face au nécessaire passage à l'échelle (pour consolider la relation avec les clients et être significatif en termes d'impact social. L'association de l'époque a créé, par voie d'apports (d'actifs des cadres et des dirigeants), une « holding » d'animation, sous forme de SAS, détentrice de l'agrément ESUS, dédiée principalement à la levée de fonds.

C'est ainsi que la SAS a réalisé un texte compréhensible par tous pour expliquer aux financeurs les caractéristiques de La Varappe et les nécessités de son développement. Une levée de fonds de 5 millions d’euros entre 2008-2015 a été opérée pour consolider les activités par l’innovation technologique et faciliter la reprise d'activité proches dans d'autres territoires.

En termes de résultat :

  • l’entreprise avait en 2008 un chiffre d’affaire de 4 millions pour 100 équivalents à temps plein 
  • Elle atteint désormais 30 millions de chiffre d’affaire pour 1 000 équivalents à temps plein sur 4 régions.

 

Thierry TOLMER, Président du groupe SCOPELEC

Image de Thierry TOLMER

SCOPELEC, groupe coopératif de 2 700 personnes Spécialisée dans la construction d’infrastructures de télécommunications Très haut débit, dans l’installation et la maintenance d’équipements téléphoniques et informatiques, et aussi dans le déploiement et la maintenance de réseaux d’énergie. La société SCOPELEC développe son savoir-faire en réseaux et télécommunications au service des opérateurs, des équipementiers, des entreprises, des collectivités et du grand public. Il intervient au cœur de l'éco-système du numérique. Pour caractériser, cet eco-système :D'ici trois ans, les débits vont être multipliés par troisLe Plan très haut débit :

  • 20 milliards d'euros investis pour généraliser l'accès au Très Haut Débit d'ici 2022
  • 15 milliards d'objets connectés, dans le monde, demain, en 2022, 80 000
  • En 2 ans, le chiffre d'affaires de SCOPELEC a augmenté de 40% et cet année, 375 millions d'euros, 450 emplois en 2 ans.

Pour faire face à ce développement : génération de 10 millions de titres participatifs, souscrits par :


Ils ont permis de consolider le haut de bilan, sans recourir à l'endettement, tout en améliorant les ratios financiers et en donnant confiance à nos partenaires et clients.

L’important à souligner : Il faut donner aux entreprises de l’ESS, les moyens de renforcer leurs fonds propres pour faciliter leur développement et la création d'emplois.

 

Charlotte DE VILMORIN, Co-fondatrice et Présidente de Wheeliz

Image de Charlotte de Vilmorin

Wheeliz est une SAS, petite startup, née en 2015, qui s'adresse aux personnes à mobilité réduite, en leur proposant un service de prêt et de locations de véhicules aménagés entre particuliers. Elle est située entre deux univers trop déconnectés : le mondes des entreprises commerciales et celui des personnes en situatio de handicap à fort impact social. Plus qu’une difficulté de financement, elle a été confrontée à une difficulté d’ordre culturel, du fait de l’habitude en France de considérer le handicap et la mobilité comme devant ne relever que d'une prise en charge par les associations et les pouvoirs publics : difficulté pour nos utilisateurs d’accepter que l'offre de Wheeliz puisse être non gratuite.

Quand tout est pris en charge, les entreprises qui refacturent ont tendance à gonfler les prix. Le coût du transport (travail - domicile dans Paris et sa région pour une personne à mobilité réduite coûte 3 000 € par mois parce qu’il est pris en charge par les pouvoirs publics. Wheeliz divise les couts par trois parce qu’elle s'appuie sur une solution collaborative d'accès à un parc de voitures dont la disponibilité dépend de la solidarité.

Elle a débuté son activité par une campagne de crowdfunding qui lui a permis de tester son hypothèse et l’impact potentiel que la solution pouvait avoir auprès des futurs utilisateurs. En moins d’une semaine la campagne a été bouclée par l’obtention d’un financement de plus de 25 000 €. Ensuite elle a été soutenue par la BPIFrance (dans le cadre de la Bourses French Tech de Paris Innovation Amorçage) et par la Commission Européenne qui l’a élue "Premièr projet d’innovation sociale dans toute l’Europe". Elle arrive à une troisième étape de levée de fonds, où des montants bien plus importants sont recherchés pour pouvoir accélérer son développement, notamment en proposant des options complémentaires à la location et en testant l’international. Wheeliz rencontre cependant une difficulté d’ordre fiscal puisqu’elle se retrouve dans le même « panier » que des grandes entreprises collaboratives de type que Rb NB.

 

Table ronde

  • Fréderic TIBERGHIENPrésident de la commission « financements des entreprises de l’ESS » d’ESS France, Président de Finansol
  • Jean Louis BANCELPrésident du Crédit Coopératif
  • Pascal LAGARDEDirecteur exécutif études, international, développement durable de Bpifrance
  • Nicolas CELIERinvestisseur en Capital Risque, Administrateur de France Digitale, co-fondateur d’Investir&+
  • Laurence MEHAIGNERIEPrésidente Co-fondatrice de Citizen capital (société́ de capital investissement)
  • Emmanuel GAUTIERGérant de fonds solidaires (Natixis Solidaire) chez Mirova

 

Fréderic TIBERGHIEN, Président de la commission « financements des entreprises de l’ESS » d’ESS France, Président de Finansol

Fréderic TIBERGHIEN

La commission « Financements et fiscalité des entreprises de l’ESS » d’ESS France publiera, début 2017 un panorama des financements disponibles pour les entreprises de l’ESS, des difficultés rencontrées dans cet accès au financement et formulera des propositions pour améliorer la situation et es travaux font échos à l’article 17 de la loi ESS et qui confie à la Chambre française de l’ESS la question du suivi à ces financements.

Quatre remarques :

1. Absence de statistiques : on ne sait pas grand-chose sur la manière dont les entreprises de l’ESS se financent, ni sur les spécificités de leur modèle économique ou de financement. On connaît très mal l’ampleur de leur besoin en financement, dans les domaines du BFR (Besoin en fonds de roulement). Nous ne connaissons pas les grands ratios sur les structures de bilan, la proportion de fonds propres et la proportion de dettes … Nous n’avons pas les indicateurs qui permettraient de porter un diagnostic et ceci doit nous amener à relativiser les conclusions que l'on pourrait être amenés à tirer. L’article 12 de la loi ESS confie à l’INSEE ; à la Banque de France et la BPI une mission statistique sur l’activité économique de l’ESS et sur les modalités de son financement et nous serions très heureux qu’il se passe quelque chose sur ce front car on ne peut pas avancer si nous n’avons pas ces données fondamentales.

2. Difficultés d’accès au financement : Elles ne sont pas générales mais varient en fonction de spécificités : selon les secteurs (différence entre Santé publique et Logement tsocial, par exemple), selon les statuts (les coopératives et les mutuelles se financent comme les entreprises traditionnelles, ce qui n’est pas le cas des associations qui n’ont pas de capital), selon la taille de l’entreprises (l’ESS est surtout composé de TPE et de PME de 10 à 50 salariés qui rencontrent des difficultés de financement). Enfin, les difficultés ne sont pas les mêmes, en fonction du stade de la vie d’entreprise (amorçage, création, développement, du changement d’échelle, de la transmission ou du retournement). Il faut aussi prendre en compte la nature des besoins (trésorerie, investissement, innovation, levage de fonds propres ...).

3. Mais une situation qui a bien des points favorables :

  • Taux d’intérêts bas : l’accès au crédit est très facile du fait de la politique de "quantitative easing".
  • De nombreux nouveaux dispositifs spécifiques à l’ESS : le fonds à impacts coopératifsle FISO …
  • De nouveaux acteurs du financement de l’ESS : BPIfrance, des investisseurs à impact social, des investisseurs solidaires ....
  • Participation des banques généralistes au financement des entreprises de l’ESS
  • Et des institutions spécialisées : Crédit coopératif, Caisse des Dépôts, France active …

4. Les difficultés particulières

  • Difficultés à boucler les comptes d’exploitation pour les entreprises de l’ESS ont des (politique de tarification publique qui ne permet pas de couvrir les coûts – dans la Santé publique, par exemple). Baisse des subvention et l’allongement des délais de paiement.
  • Difficultés d’accès au financement pour le fonds de roulement et la trésorerie pour les TPE de l’ESS (pas de fonds propre, pas de garanties, pas de patrimoine, pas d’historique, pas de visibilité sur les comptes et sur l’avenir …)
  • Problèmes de financement des investissements (Santé publique, entreprise d’insertion, le tourisme …) par manque d’historique, des comptes équilibrés, des comptes prévisionnels …
  • Problème de financement de l’innovation sociale pour les PME, en raison de l’exigence de rendement trop élevé des capital-risqueurs et que le temps de remontée de ce type d’investissement est trop élevé. Il y a un besoin de financements spécifiques et d’une intervention des pouvoirs publics. La politique de garantie apportée par l’Etat et les collectivités est tout à fait fondamentale.
  • Le problème de la levée de fonds propres. Il faut conforter tous les outils qui permettent de les amener aux entreprises de l’ESS (investisseurs solidaires …) et faire l’effort à faire dans l’ESS de développer la culture des fonds propres.


Jean Louis BANCEL, Président du Crédit Coopératif

Image de Jean Louis BANCEL

Le financement de l’ESS est globalement satisfaisant au niveau macro-économique, mais je veux proposer quelques points d’améliorations, quelques pistes de travail conjoint à creuser :

  • Les questions statistiques sur la structure des bilans des entreprises de l’ESS sont importantes, il est donc très important que les pouvoirs publics, l’INSEE et la Banque de France prennent en charge cette question ;
  • Les taux d’intérêt très bas font une conjoncture plutôt favorable. Attention cette période pourrait être temporaire.
  • Economie du don et philanthropie : sur la problématique des financements long, travaillons sur l’économie du don, parce que le don pour le secteur associatif c’est un élément constitutif du fond propre. Derrière cette question, on retrouve l’enjeu de l’impact social et la problématique de sa mesure. La France doit jouer un rôle pilote de réflexion, à l’échelle internationale, sur la problématique de la mesure de l’impact. Cette approche de la mesure doit-être rationalisée. Il faut que nous nous appropriions ce concept très mis en pratique, outre-Atlantique : la philanthropie.
  • Le financement par les assureurs : Sur cette même problématique du financement long, comment orienter, vers l’ESS, les assureurs qui sont porteurs de l’épargne longue ? Il y a eu, en ce sens des ouvertures timides sur ce qui s’appele « les fonds de prêts à l’économie » (FPE)
  • Le livret développement durable solidaire et le livret A : Nécessité d’ouvrir la réflexion sur l’Epargne solidaire : c’est en partie fait avec l’ouverture du livret le livret développement durable solidaire (LDDS). Mais il y aussi les ressources du livret A qui réussit à transformer une épargne immédiate, donc disponible, avec des mécanismes subtils de la Caisse des Dépôts et Consignations, en épargne longue. Comment, dans les mécanismes d’intérêt général, pouvons-nous l’orientons vers des apports dans la transition énergétique citoyenne, vers des secteurs de l’ESS, à haute intensité capitalistique qui ont besoin de foncier et d’immobilier d’exploitation (le monde sanitaire et social, le monde agricole, les énergies renouvelables, dans la transition énergétique citoyenne)?
  • La question des territoires, les enjeux de la métropolisation, le risque de déserts territoriaux : comment l’ESS peut contribuer à ne pas fabrique un pays qui ne serait que des grandes métropoles régionales rayonnant sur le monde avec des déserts autour ? Les entreprises de l’ESS sont les lombrics de la France. Les lombrics c’est ce qui fait travailler les sols, qui l’aère et qui lui permet d’être plus productif. Une fois coupé en morceaux, lombric se multiplie par scissiparité.
  • Changement de paradigme vers la maîtrise de l’ingénierie financière : il est important pour les entreprises de l’ESS d’apprendre l’ingénierie financière, pour mieux présenter les demandes et les documents budgétaires aux investisseurs dont elles sollicitent le financement.
  • Financement de l’innovation sociale par des dispositifs, plus orienté vers l’innovation technique : creuser pour voir si l’ESS ne pourrait pas être financée demain par le troisième programme du PIA qui devrait porter des actions qui dans être de l’ESS nourrirait l’ESS.
  • Le rayonnement de l’ESS en Europe et à l’international


Pascal LAGARDE, Directeur exécutif études, international, développement durable de Bpifrance

Image de Pascal LAGARDE.

Une loi de 2012 a créé la Banque publique d'investissement ou Bpifrance qui est un organisme français de financement et de développement des entreprises. Elle lui donne, en particulier, en son article 1 la mission de financer l’ESS. Cela a donné lieu en 2013 à la remise d’un rapport d’étape au Ministre délégué chargé de l’ESS.

Notre intervention s’appuie, de manière complémentaire, sur les activités historiques des acteurs traditionnels du financement de l’ESS, dont la CDC. Elle a comme focus les entreprises de l’ESS qui sont dans le sphère marchande.

Notre offre généraliste s’applique aussi à l’ESS :

  • Apport de garanties,
  • Des prêts à moyen terme et court terme.
  • Intervention sur les fonds propres en prévoyant sur les fonds d’investissement direct que l’on a la possibilité de prendre des titres participatifs

On déploie une offre plus spécialisée sur des besoins estimés mal couverts :

Ces dispositifs s’appuient sur une capacité de travailler avec les structures de l’ESS, en mobilisant notre réseau en région (47 implantations régionales)

Quelques chiffres

On a commencé en 2012

  • En 2015, Bpifrance réalise 310 millions d’euros sur le secteur de l’ESS
  • Depuis 2012 un milliard 100 euros.
  • Une hausse de 120 % entre 2012 et 2015
  • Et un quasi doublement de la sphère ESS dans notre activité globale

Les garanties ont été principalement mobilisées, de telle manière que les banques privées puissent prêter aux entreprises de l’ESS. Ensuite, en seconde position vient l’apport de garantie, puid les prêts court terme.

En nombre, c’est 2 500 entreprise (80% TPE-PME). Presque la moitié de ces entreprises ont été traitées en 2015 : accélération de la prise en compte de l’ESS, et notamment au bénéfice des plus petites.

 

Quelles leçons tirer :

C’est notre offre généraliste qui fonctionne le mieux. Mais nous avons, par contre, une obligation de forte mobilisation de notre réseau pour sensibiliser l’ESS à notre offre.

Nous avons une activité régulière sur les produits spécifiques. Notamment sur l’innovation et le FISO qui reste une expérimentation, qui démarre bien et nous sommes très favorable à la poursuivre.

Le PESS a moins bien marché, pour des raisons diverses liées au coût et au taux et donc on pense que l’on va retravailler le produit et l’intégrer dans un produit beaucoup plus large que l’on appelle le prêt TPE-PME, ce qui va nous permettre de baisser les taux et de rester sur un produit long.

Et puis, on a poursuivi les travaux, côté garantie, et notamment ceux avec SOGAMA, avec une participation de notre part à hauteur de 50% dans le capital de cette structure.

 

Nicolas CELIER, investisseur en Capital Risque, Administrateur de France Digitale, co-fondateur d’Investir&+

Image de Nicolas CELIER

 

Depuis quelques années, un changement de profil : les entrepreneurs sont de plus en plus jeunes, viennent de quitter l’école ou y sont encore. Ce sont de jeunes qui ne trouvant pas d’emplois se résolvent à créer leur propre entreprise. Ils sont heureux tout en montant leurs startups, de régler des problèmes sociaux. Ils se disent qu’avec les nouvelles technologies, ils ont un outil énorme pour régler ces problèmes. Ils ne se sont pas dit je veux faire l’ESS pour faire de l’ESS. Leur objectif premier est de contribuer à résoudre un problème social et non de créer une société rentable. C'est super ! mais ce n’est pas dans le mandat de nos investisseurs. C’est dommage de laisser ces jeunes sur le bord de la route, alors que nous avons toutes les compétences pour les accompagner. Je me suis dit que ce ne serait pas mal de monter un petit fonds dédié aux startups privilégiant l’impact social : Investir&+

Investir&+ a été créé, il y a 5 ans, dans le but de financer en capital des startups, dont l’impact social est au cœur de leurs activités. Dans mon esprit, la rentabilité étant secondaire, je me suis fixé comme objectif de juste rembourser ce qui est prêté.

L’impact économique de ces entrepreneurs innovateurs, lorsqu’ils répondent à un besoin social ont une incidence économique. C’est dans ces conditions, par exemple que nous avons accompagné Simplon. Trois ans après, il y a plus d’une trentaine de Simplon, déjà implanté à l’international.

On s’est dit aussi que l’argent, il y en avait, mais ce que cherchent les entrepreneurs, ce n’est pas tellement l’argent, c’est essentiellement l’accompagnement de support par des entrepreneurs qui ont déjà réussi, et par des réseaux d’affaires. Quand ils viennent à nvestir&+, c’est pour rencontrer cette communauté d’entrepreneurs qui ont financé le fonds et qui passent du temps pour accompagner ces entrepreneurs sociaux.

 

Laurence MEHAIGNERIE, Présidente Co-fondatrice de Citizen capital (société́ de capital investissement)

Image de Laurence MEHAIGNERIE

Nous cherchons à financer des entreprises qui possèdent un modèle économique répondant à des besoins fondamentaux dont la demande est solvable. Nous nous faisons une conviction sur les potentialités et capacités de développement d’une stratégie d’impact qui prend racine dans le modèle économique. Nous avons de outils d’analyse financière, il en faut mais ce n’est pas suffisant. A côté de cela nous travaillons sur l’impact social et faisons réaliser un « business plan impact ». Il est indexé, au moment de l’investissement au pacte des actionnaires. Il intègre un certain nombres d’objectifs et d’indicateurs que l’on va suivre, pendant toute la durée de l’investissement : c’est le projet commun, le contrat sur ce qu’on envie de faire ensemble d’un point de vue social.

Je tiens à dire que le Contrat à Impact Social (CIS) est un moyen très innovant et intéressant pour répondre à une partie des enjeux de financement et de changement d’échelle ddes entreprises ou des associations, mais encore plus des associations. Le CIS est, en effet, particulièrement adapté pour financer des structures qui n’ont pas de modèle économique intrinsèque ou qui sont non marchandes.

 

Emmanuel GAUTIER, Gérant de fonds solidaires (Natixis Solidaire) chez Mirova

Image Emmanuel Gautier

En tant que gérant de fonds solidaire je me sens comme le « lombric ». Je travaille sur l’humus financier qui permet de faire émerger sur le territoire des entreprises sociales que nous accompagnons dans la durée. Et cet humus financier, en effet, est porté par l’épargne salariale&

Edito

Avec Ordi 3.0, le Gouvernement souhaitant impulser et accompagner « un projet national de territoire », à dimension collective, participative et sociale, s’engage avec le soutien de l’ensemble de la collectivité territoriale (citoyens, porteurs de projets associatifs et entrepreneuriaux, opérateurs de la collecte, de la réparation, du réemploi d’équipements électriques et électroniques et de sa réutilisation, à développer une filière nationale de collecte, de rénovation et de redistribution de matériels informatiques permettant les usages du numérique par le plus grand nombre de personnes physiques et morales, dans une démarche d’économie solidaire, circulaire et de qualité environnementale.


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